À la découverte des jeux traditionnels japonais

La passion du Japon pour les jeux ne date pas de l’ère des jeux vidéo. Elle prend ses racines beaucoup plus loin dans la culture traditionnelle. Il est d’ailleurs difficile de trouver un jeu japonais qui ne soit pas en partie inspiré d’autres jeux d’Asie ou d’Europe. En effet, le Japon a eu des siècles – et souvent plus d’un millénaire – pour mettre sa Japan Touch sur ces jeux venus d’ailleurs. Voyons ensemble un petit échantillon de ces jeux nippons qui sont aujourd’hui de plus en plus pratiquées en occident.

Jeux de cartes traditionnel japonais : Daifugo et Daihinmin

Commençons avec le Daifugo / Daihinmin. Joué avec un jeu de cartes standard, ce jeu a ensuite été adapté au monde occidental pour devenir chez nous le célèbre « président » ou « trouduc ».

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Tout comme le président, il existe plusieurs règles qui se sont développées au fil du temps, mais voici les fondamentales : toutes les cartes sont distribuées uniformément aux joueurs, après quoi le daifugo (ou grand millionnaire), donne deux de ses pires cartes à la daihinmin (ou Grand Pauvre). Pendant ce temps, le daihinmin doit donner ses deux meilleures cartes au daifugo. Le jeu se joue généralement dans le sens des aiguilles d’une montre.
On trouve cinq classements principaux, du plus élevé au plus bas :

  • Daifugo (大 富豪, grand millionnaire)
  • Fugo (富豪, millionnaire)
  • Heimin (平民, roturier)
  • Hinmin (貧民, pauvre)
  • Daihinmin (大 貧民, grand pauvre)

Tous les joueurs qui ne sont pas dans le top 2 des meilleurs ou des derniers deviennent hemin, ou parfois des rangs supplémentaires sont ajoutés s’il y a beaucoup de joueurs. Dans certaines versions, les joueurs changent de siège au fur et à mesure que leur classement change. Au premier tour, tout le monde est un heimin (ou roturier). Il s’agit d’un jeu de bluff, mais l’objectif est de vous débarrasser de vos cartes le plus rapidement possible. La première personne à se débarrasser de toutes ses cartes devient le daifugo pour le prochain tour, le second devient le fugo, etc., jusqu’à ce que finalement le daihinmin se fasse connaître. Le daihinmin rassemble ensuite toutes les cartes, les mélanges et les offres pour le prochain tour.

Le fameux Riichi Mahjong :

Vient ensuite le Riichi Mahjong. En dépit de sa ressemblance avec le jeu de mémoire à un seul joueur que l’on peut trouver sur ordinateur, le mahjong est en fait un jeu basé sur le jeu de cartes du « rami » mais avec des sortes de dominos appelés « tuiles ».

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L’objectif est de créer des combinaisons de tuiles avec des dessins identiques et de les retirer du tas, avec le but ultime de faire en sorte que les 14 paires de tuiles soient réunies. La version japonaise, appelée Riichi Mahjong, ou simplement mahjong japonais, est une version légèrement simplifiée du mahjong chinois. Cette dernière a été importée sur l’île en 1924, et de nouvelles règles ont été ajoutées pour rendre le jeu plus complexe. Les regles du jeu sont de ce fait assez compliquées pour un néophyte et il mériterait un article à lui tout seul. On apprécie les différents dessins et thématiques des tuiles qui sont une invitation au voyage en Asie.

Jeu de plateau japonais traditionnel :

Le Sugoroku

Présentons ensuite le sugoroku. Le sugoroku est un jeu de plateau assez classique qui utilise les dés pour avancer.

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Les kanji pour le sugoroku sont 双 六 ou 雙 六, et ils signifient « deux six », soit la valeur la plus élevée que vous puissiez obtenir en lançant une paire de dés. La version originale du sugoroku, appelée ban-sugoroku, remonte au moins au VIIe siècle. Il a été introduit par la Chine, qui a elle-même découvert le jeu via la route de la soie. Le ban-sugoroku est presque identique au backgammon moderne, avec quelques variations dans les règles, et c’est surement pour cela qu’il a fini par disparaître. Auparavant, il existait une autre forme de sugoroku, nommée le e-sugoroku, dans laquelle les joueurs déplacent leurs pièces autour d’un plateau de jeu avec des illustrations semblables au jeu des serpents et des échelles. Datant du XVème siècle, la première version, connue sous le nom de Jodo Sugoroku, présentait des enseignements bouddhistes dans chaque case. Mais durant l’ère Edo (1603-1868), les versions les plus populaires représentaient « Les Cinquante-trois Stations du Tōkaidō », qui sont des illustrations des zones de repos se situant sur la route entre Tokyo et Kyoto (un sujet populaire pour les artistes de l’époque).

Le shogi

Le shogi est aussi très connu. À l’instar des échecs, ce jeu de plateau à deux joueurs implique une stratégie, une patience et une bonne dose de ruse.

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Sur le plateau se trouvent 20 pions par joueur, avec différentes capacités et règles pour chaque pièce. Il existe cependant deux distinctions importantes entre le shogi et les échecs. Tout d’abord, vos pions peuvent être promus une fois qu’ils atteignent le tiers arrière du tableau. Et deuxièmement, les pions capturés peuvent être retournés contre vous et utilisés de l’autre côté du plateau par votre adversaire. Les pièces promues sont retournées, révélant un nouveau personnage écrit sous une forme plus cursive ou à l’encre rouge. Contrairement aux échecs, où seul le pion peut être promu après avoir atteint la dernière rangée, toute pièce à l’exception du roi et du général or peut être promue en shogi. Cela donne à la pièce des capacités de mouvement supplémentaires sans qu’elle change de forme pour autant. Les joueurs ont également la possibilité de ne pas promouvoir une pièce, car la forme non promue peut avoir des avantages stratégiques en fonction de la situation. Le but comme aux échecs, est de réclamer le roi de votre adversaire. Le shogi est censé être basé sur le jeu indien chaturanga, probablement arrivé au Japon via la Chine, mais sans que l’on puisse savoir à quelle époque précise (sûrement au VIème siècle, bien que les premières pièces connues et les traces de documentation sur le jeu datent du XIème siècle). Le shogi a subi un certain nombre de variantes : certaines versions ont utilisé des planches massives et jusqu’à 130 pièces avant de devenir la variante aujourd’hui commune.

Le jeu de cartes Karuta

Le karuta est un autre jeu qui nécessite un jeu de cartes spécial (même si un jeu de cartes standard peut également fonctionner) sur lequel est inscrit le recueil de 100 poèmes Hyakunin isshu (百人一首).

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Les 100 poèmes sont répartis sur 100 cartes. Un ensemble de cartes (appelé tori-fuda) est disposé face recto, tandis qu’un ensemble correspondant (yomi-fuda) est gardé à l’écart en pile par le « lecteur ». Celui-ci tire une carte du yomi-fuda et la lit, tandis que les autres joueurs recherchent la carte correspondante parmi les cartes face recto et essaient de gifler le lecteur avant que leurs adversaires ne le fassent. Les cartes de karuta sont utilisées pour enseigner les compétences de lecture japonaises de base. Le mot karuta vient du portugais pour jouer aux cartes, ou « carta », puisque les Portugais les ont introduits au Japon au XVIème siècle. Cependant, on pense que les versions de ce jeu ont été jouées en combinant des moitiés de coquilles jusqu’à la période Heian (794-1185).

Pour finir, le fameux jeu de plateau japonais « Go »

Le jeu de Go est généralement considéré comme le jeu de plateau le plus ancien du monde, puisqu’il a été inventé en Chine probablement au deuxième millénaire av. J.-C.

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Il est arrivé au Japon au VIIème siècle et a même été mentionné dans le Dit du Genji de Murasaki Shikibu, écrit au début du XIème siècle. Le jeu de Go peut ressembler pour les Occidentaux à Reversi, ou encore Othello, mais il est en fait beaucoup plus complexe. Les joueurs se relayent pour placer leurs « pierres » (go-ishi) sur un plateau de jeu où des lignes se croisent. Cependant, un joueur peut également capturer les pierres de son adversaire en les entourant. Il existe des règles plus complexes, telles que la règle ko, qui interdit le jeu répétitif. Le Go requiert un équilibre entre plusieurs tensions internes différentes, les joueurs devant étendre leur territoire mais aussi créer des régions solides et étroites que leurs adversaires ne peuvent pas franchir.

Florian Bohérout

Bonjour à tous ! Je m'appelle Florian Bohérout et je suis un bloggeur amateur passionné par la culture et la cuisine japonaise.

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